Amar IMACHE, un des pionniers du nationalisme algérien, disait : “La vérité seule est constructive.”

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Quelques vidéos et interviews autour de la vie d’Amar IMACHE

Posted by amar-imache on février 13th, 2014

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    Parution 2012 chez l’Odyssée édition “L’Algérie au carrefour - La Marche vers l’inconnu”

    Posted by amar-imache on novembre 7th, 2012

    Ce livre préfacé par Benjamin STORA, est consacré aux différents écrits d’Amar IMACHE.

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    Cet ouvrage se propose d’être une synthèse des brochures écrites en 1937, 1939 et 1946 par Amar IMACHE et rééditées à titre posthume, en hommage à sa mémoire. Nous avons jugé utile d’y annexer quelques articles qu’il avait rédigés lui-même dans EL OUMA, organe mensuel de l’Etoile Nord-Africaine, paru entre 1934 et 1936, et ce, en sa qualité de Secrétaire Général de ce parti politique et Rédacteur en Chef du journal.

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    Biographie

    Posted by amar-imache on février 28th, 2011

      Imache Amar né le 7 juillet 1895 dans le village d’Ait-Mesbah, en Kabylie, dans l’actuelle commune d’Ath-Douala dans une famille de petits agriculteurs sans héritage économique ou politique, mort le 7 février 1960 est l’un des pionniers du nationalisme algérien.
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    Vers l’âge de 8 ou 9 ans, il entre à l’école primaire de Taguemount-Oukerrouche, village de ses grands-parents maternels, distant de 2 km environ d’Ait-Mesbah et suit une scolarité primaire presque complète avec l’instituteur Ferrys, un Vosgien. Il commence à travailler très tôt, d’abord pour aider ses parents, puis pour gagner sa vie dans la Mitidja. Il émigre en France au milieu de la première guerre mondiale. Il y travailla dans diverses usines et entreprises comme l’attestent ses différents certificats de travail : - Manufacture Française des Pneumatiques Michelin à Clermont-Ferrand du 30 avril  au 17 novembre 1917 puis dans l’Etablissement des Constructions et Armes Navales dans la Charente du 6 décembre 1917 au 23 juillet 1918. En 1920, il descend dans les mines de charbon du Pas-de-Calais, où il fut affecté comme mineur de fond du 7 avril 1920 au 4 avril 1922. En 1924, il est à Paris où travaille la majorité des ouvriers Nord-Africains, dont environ 100 000 Algériens et quelques milliers de Marocains et Tunisiens. Le 7 décembre 1924, fut crée un syndicat dénommé le Congrès des Ouvriers Nord-Africains de la Région Parisienne, pour défendre les droits  de ces derniers. En mars 1926, ce syndicat devient un parti politique : L’Etoile Nord-Africaine qui revendique l’indépendance de l’Afrique du Nord et prône la lutte pour le progrès social. Vers 1925, il commence donc à glisser dans un autre monde, même si ce monde est encore celui de l’émigration. C’est la grande immersion dans une autre modalité de la communauté faite d’acculturation, avec ce qu’elle suppose d’arrachement et de métamorphose. Le 4 juin 1926, il est embauché en qualité d’Ouvrier Spécialisé à la parfumerie Roger & Gallet à Paris, et ce, jusqu’à décembre 1934. De simple militant, à la création de l’Etoile Nord-Africaine en 1926, où il s’affirme par ses positions anticolonialistes et ses convictions de nationaliste qui revendique l’indépendance de l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier, il devient le n° 2 incontesté de l’Etoile au début des années 1930. Il était un rassembleur et un orateur hors du commun. A la création du journal « El-Ouma » en octobre 1930, Amar Imache fut désigné en qualité de Gérant et Messali comme Directeur Politique. Lors de l’assemblée générale du 28 mai 1933, on procéda à l’élection d’un Comité Central composé de 30 personnes  dont les principaux élus furent Messali, Imache, Radjef, Si Djilani, Moussaoui Rabah, Rebouh, Sefar et Banoune. Au Comité Directeur, on retrouve Messali comme Président et Directeur d’El Ouma, Imache comme Secrétaire Général et Rédacteur en Chef du journal et Radjef comme Trésorier. En novembre 1934, l’Etoile est de nouveau dissoute et ses principaux dirigeants arrêtés.Amar Imache est condamné le 5 novembre 1934 à 6 mois de prison et 2000 francs d’amende. Libéré en mai 1935, il reprend sa place au sein de la direction de l’Etoile. En 1936, il dénonce le projet Blum-Violette, selon lequel : « pour libérer l’Algérie, il faut d’abord la rattacher à la France » et « pour être citoyen Algérien, il faut d’abord être citoyen Français assimilé ». Il dénonce cette entreprise de division, visant cette fois à séparer le peuple algérien de son élite et soutient que : « Le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant qu’en France et ailleurs on ignorait ces mots » (l’Algérie au Carrefour). Il ne cesse de manifester dans sa démarche politique, son attachement à la coutume berbère. Convaincu que ces institutions peuvent donner à l’Algérie indépendante, un caractère social et démocratique, il plaide longtemps pour la prise en compte des structures sociales, politiques et économiques berbères : âarch : (communautés villageoises) et tajmâat : (assemblée élue du village). Il lutte non seulement pour l’indépendance de l’Algérie et la sauvegarde de l’identité algérienne, mais aussi pour la libération de tous les peuples opprimés, particulièrement en Afrique. Lors de l’occupation de l’Ethiopie par l’Italie, Amar Imache mène une vigoureuse campagne contre cette occupation. « Tous les Africains, sans distinction de religion, doivent manifester contre le fascisme italien, tous les Africains doivent s’unir pour combattre l’impérialisme en Afrique » déclare-t-il le 22 août 1935 dans le journal El Ouma, reprenant ainsi le mot d’ordre de son ancêtre Massinissa : « L’Afrique aux Africains ! ».

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    (Photo-archives famille Amar Imache)

    • DÉLÉGATION DE L’ETOILE NORD-AFRICAINE EN SEPTEMBRE 1935 POUR ASSISTER AU CONGRES ISLAMO-EUROPEEN DE GENEVE EN SUISSE. De gauche à droite : BANOUN AKLI, MESSALI HADJ, L’EMIR CHEKIB ARSLAN, DJABRI BEY, IMACHE AMAR et BEDDEK MOHAMED.

    A la veille de la seconde guerre mondiale, il dénonce aussi bien la convoitise étrangère que l’attitude française qui ne regardent l’Afrique du Nord que sous l’angle de la défense de leurs intérêts. Il déclare que : « Les Africains sont intéressés à la défense de leur pays et dénient aux uns et aux autres, aussi bien le droit de les marchander que de les convoiter » (Brochure l’Afrique dans l’Angoisse). Au moment où Messali vit en exil à Genève auprès de Chekib Arslan (décembre 1935 – juin 1936), c’est Imache avec Yahiaoui, Nouira et Radjef qui dirigent l’Etoile. Au retour de Messali, une première divergence va opposer les deux hommes au cours de l’été 1936.

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    DELEGATION DE L’ENA AU MINISTERE DE L’INTERIEUR LE 20 JUIN 1936, POUR PRESENTER LE CAHIER DES REVENDICATIONS DE L’ETOILE. (Suppression du code de l’indigénat, liberté de presse, de réunion, d’association, application des lois sociales aux ouvriers Nord-Africains, tel le droit aux allocations familiales, assurances sociales…). Les documents - archives de la famille Amar Imache, particulièrement le journal El Ouma n° 41 de juillet-août 1936 d’où est puisée cette photo, ne mentionnent pas les noms des membres qui composent cette délégation. Toutefois, on reconnait sur la photo BANOUN Akli à gauche, MESSALI Hadj au milieu et Amar IMACHE à droite.

    Le conflit latent Imache-Messali qui éclate au sein du Comité Directeur, à propos du Front populaire espagnol, va s’exacerber lors de l’assemblée générale du 27 décembre 1936. Imache reproche à Messali de s’être réfugié en Suisse pour se soustraire à l’arrestation, ainsi que son long séjour en Algérie (août à novembre 1936) non approuvé par le Comité Directeur. Il dénonce aussi l’atteinte au fonctionnement démocratique de l’Organisation et le culte de la personnalité. Une autre divergence et non des moindres, porte sur l’attitude à adopter à l’égard du Front populaire espagnol, lequel par l’intermédiaire du PCF, sollicite auprès de l’ENA un engagement actif en contrepartie d’une aide matérielle et financière, auquel Amar Imache s’est catégoriquement opposé. Les dirigeants Kabyles derrière Imache et Yahiaoui, réclament au contraire une offensive politique contre le PCF. Ils lui reprochent son virage au nom de la priorité de la lutte anti-fasciste (pacte Laval-Staline) en matière de lutte anticoloniale et prônent le refus de tout soutien au Front populaire espagnol accusé de ne pas vouloir accorder son indépendance au Rif. C’est la rupture totale et définitive entre le PCF, le Front populaire espagnol et les dirigeants nationalistes Kabyles (Imache, Si Djilani et Yahiaoui). Ahmed Yahiaoui appuie Imache dans son opposition à Messali. Après la dissolution de l’Etoile dont tous les membres sont Kabyles (Imache, Radjef, Banoun, Khider, Moussaoui, Yahiaoui, Si Djilani), excepté Messali Hadj, ce dernier crée le 11 mars 1937, un nouveau parti : Le Parti du Peuple Algérien (PPA). Son programme en retrait par rapport à celui de l’Etoile qui revendique l’indépendance totale de l’Algérie, consomme la rupture entre Imache et Messali. Il refuse donc d’adhérer à ce Parti et invite les militants à « suivre un programme et non à se mettre à la remorque d’un seul homme » (Lettre d’Adieu). Après la dissolution de l’ENA, il écrit la brochure « l’Algérie au Carrefour » en 1937, dans laquelle il dénonce le projet Blum-Violette qui prône l’assimilation et le rattachement de l’Algérie à la France. En 1939, au moment où éclate la seconde guerre mondiale, il rédige la brochure « L’Afrique dans l’Angoisse ». Au début des année 1940, il est arrêté en tant que secrétaire général de l’ex. ENA et placé dans un camp de regroupement où il retrouve quelques anciens camarades et cadres du PPA. Il refuse après juin 1940 de travailler avec le gouvernement de Vichy et de jouer la carte de collaboration avec l’Allemagne. Il y est déporté dans des conditions qui restent mal connues et se retrouve dans un camp où il est affecté à la surveillance d’ouvrières russes qui, dira-t-il à son retour, “tombaient comme des mouches”. Libéré en 1945, il en revient définitivement marqué et boiteux. En 1946, il écrit la brochure “l’Heure de l’Elite” pour dénoncer l’attitude des intellectuels algériens (les « Zélus ») qui ont abandonné le peuple à son triste sort et ont accepté de siéger au Palais Bourbon  contre la volonté de ce peuple noyé dans la misère (épidémie de typhus, manque de nourriture, de soins…). Durant la même année, un an après la fin de la seconde guerre mondiale et les massacres du 8 mai 1945, il écrit la brochure « Cyclones sur le monde ». Il y a dénoncé « la responsabilité des hommes qui, par leurs fautes volontaires, ont fait deux fois de suite le malheur du monde ». Les événements du 8 mai 1945 où des dizaines de milliers d’Algériens sont massacrés ont été dénoncés et condamnés également. Après ces années de détention dans les cellules froides et les camps de concentration, il est complètement usé et malade. Avant de quitter la France, il crée avec Si Djilani le Parti de l’Unité Algérienne (P.U.A) qui se propose notamment de débattre de la religion musulmane et de combattre le fanatisme. Mais une conjonction d’événements survenus sur la scène algérienne, maghrébine, française et internationale a raison de ce Parti. En février 1947, Amar Imache rédige une lettre d’adieu à ses compatriotes et rentre définitivement en Algérie. Cette lettre intitulée « Lettre d’Adieu aux Algériens Résidant en France » est un  appel à l’union, à la fraternité, mais aussi une mise en garde contre la duperie et le culte de la personnalité (à l’intention de ceux qui adoraient Messali). Cette mise en garde a fait son chemin à l’intérieur du MTLD, puisque ces propos (culte de la personnalité, mégalomanie) seront largement repris par les oppositions à l’intérieur de ce Parti. En 1948, Amar Imache s’est marié tardivement dans son village natal. Il rejoint durant la même année l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA) de Ferhat Abbas jusqu’en 1951. A la même période, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, il occupe le poste de magasinier dans la Société d’Import-Export, le Comptoir Nord-Africain Amal à Alger. Son état de santé s’étant dégradé, son médecin traitant le déclare inapte au travail avec un taux de 100% d’incapacité permanente partielle. Il rentre dans son village natal, à la veille du déclenchement de la révolution armée où il continue néanmoins à prodiguer ses conseils aux responsables de l’ALN qui le sollicitaient. Cette période est entrecoupée d’un séjour d’un an environ chez ses beaux parents au village d’Ait-Idir. Il meurt le 7 février 1960 à Ait-Mesbah, pendant le blocus alimentaire imposé par l’armée française à la population du village pour la contraindre à se rallier, laissant cinq enfants en bas âge.

    1. L’Algérie au carrefour (brochure)
    2. L’Afrique dans l’angoisse (brochure)
    3. Cyclones sur le monde (brochure)
    4. L’heure de l’élite (brochure)
    5. Le procès de mes aïeux (article dans le journal El Ouma)
    6. Les âmes en peine (article dans le journal El Ouma)
    7. Les exilés volontaires (article dans le journal El Ouma)
    8. Le Harakiri des monstres (article dans le journal El Ouma)
    9. Sa majesté le code (article dans le journal El Ouma)
    10. La Croix contre le Croissant (article dans le journal El Ouma)
    11. Les délégués musulmans à Paris. Faut-il rire, faut-il pleurer (article dans le journal El Ouma)
    12. Souscription nationale frères musulmans (article dans le journal El Ouma)
    13. Le vrai visage de l’impérialisme - La Répression s’aggrave  (article dans le journal El Ouma)
    14. Le droit des peuples  (article dans le journal El Ouma)
    15. Une monstrueuse iniquité  (article dans le journal El Ouma)
    16. La lettre d’adieu aux Algériens résidant en France

    SOURCES : 

    - Famille Amar Imache ;

    - Mahfoud KADDACHE, histoire du nationalisme algérien 1919 – 1951 Tome I – SNED Alger 1980 ;

    - Amar OUERDANE, La question berbère dans le mouvement national algérien 1926 – 1980 Edition Epigraphe – Edition Dar El Ijtihad – Alger, 1993 ;

    - Omar CARLIER, Le Cri du Révolté  Imache Amar, Un itinéraire Militant, ENAL Alger 1986 ;

    - Benjamin STORA, dictionnaire biographique des Militants Nationalistes Algériens, 1926 – 1954 – Paris l’Harmattan 1985.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Amar_Imache

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    Extraits de “l’Algérie au carrefour”

    Posted by amar-imache on février 28th, 2011

    Amar Imache a écrit en 1937 (après la dissolution de l’ENA) :

    • “…Donc, si les temps des croisades sont révolus, si l’idée de justice et d’égalité anime vraiment les hommes, rien ne s’oppose à ce que l’Algérie soit libre et vive en harmonie avec le progrès et en fraternité avec tous ceux qui veulent lui tendre une main loyale et fraternelle. C’est pourquoi nous disons et dirons toujours aux Algériens que nous avons le droit de revendiquer nos droits en tant qu’Algériens, rien qu’en qualité d’Algériens, uniquement en nationalistes algériens. revendiquer la citoyenneté française pour avoir un bulletin de vote est un leurre et un contre-sens, d’autant plus qu’il ne peut être accordé qu’à une minorité alors que nous sommes la majorité et nous disons aussi à la France que l’Angleterre a agit sagement et a réalisé une bonne affaire en faisant de l’Egypte son alliée. N’était-ce pas préférable que d’être adversaire ? Qu’en pense le peuple français qui aime tant la liberté ? Qu’en pensent les Français hostiles à l’assimilation ? Qu’en pensent aussi nos oulémas ? Est-il vraiment interdit, impossible d’être libres ? Dans la négative et si on suivait certains raisonnements, aucune puissance ne peut être libre. La France était vaincue par l’Allemagne, elle s’est pourtant libérée depuis 71 tout en achevant ses conquêtes. L’Allemagne elle-même était vaincue en 1918, la voilà libre. De plus petites nations, telles l’Egypte, la Syrie et L’Irak se sont libérées. D’autres y travaillent dans le même but, pourquoi ferait-on exception pour l’Algérie ? Est-il juste que l’un se flatte de son origine et qu’un autre en rougisse ? Notre pays n’est-il pas attaché, tout comme les autres, à ses traditions ? A son histoire ? Notre pays n’est pas une île déserte à la merci du premier qui la trouve. Il appartient de droit à son peuple. Aucune force ne saurait prévaloir sur la raison et la justice. L’Algérie est notre héritage, elle nous vient des glorieux martyrs qui sont morts pour nous la conserver. Elle nous vient de tous ceux qui, à travers les âges se sont sacrifiés pour chasser de chez nous et Vandales et Romains. Et si au lieu de Okbi c’était Okba, quel langage tiendrait-il ? O ! vous dont la grandeur et le renom s’enfoncent chaque jour dans la légende ! Vous tous, chevaleresques guerriers d’antan, dont le sable du désert a recouvert les traces mais dont les ombres hantent encore l’ “Ifriquia”, que diriez-vous si vous étiez de ce monde ? Ah ! si au lieu de narrer une triste réalité, j’écrivais un roman ! Je laisserais mon imagination parcourir toutes les contrées que vous avez foulées. Je demanderais aux montagnes d’abaisser leurs cimes et aux dunes de se tasser. Et par delà les monts et les vallées, j’essaierais de distinguer les innombrables silhouettes des soldats de l’islam libre et la multitude de leurs caravanes. Peut-être le grand désert qui conserve si bien les vestiges du passé a-t-il aussi conservé le murmure de leur voix. Peut-être le crissement du sable toujours instable et toujours immuable parle-t-il encore de ceux qui ignoraient la servitude. Qui sait si les voûtes mystérieuses de l’Atlantide ne recèlent pas toujours les échos de leurs rires et de leurs appels ? Si les Algériens, dans un instant de suprême recueillement écoutaient, peut-être la mémoire de ceux qui ont tout lieu de désespérer de nous, ferait le miracle de nous inspirer et du fin fond de l’immense désert, une voix puissante nous crierait : Halte ! où allez-vous peuple égaré ? Votre route était tracée depuis des siècles. Allons ! demi-tour et face à l’Orient ! C’est de là qu’est venue la foi , c’est là qu’étaient lancés les premiers mots d’ordre pour la fraternité et l’égalité entre les races qu’elles soient blanche, jaune ou noire. C’est là que les puissants et les humbles ont le même titre, c’est là que vous aurez la paix et le salut.”

    Extraits de « L’Afrique dans l’Angoisse »

    Posted by amar-imache on avril 21st, 2012

    Amar Imache a écrit en 1939 (à la veille de la seconde guerre mondiale) :

    « … La convoitise étrangère a quitté le domaine de projet ou de rêve. Elle est énoncée officiellement et nettement et n’attend plus que l’heure propice pour rentrer dans le domaine des faits et des actes. La gravité de cette situation n’échappe à personne certes ! Et nous ne ferons à aucun l’injure de la sous-estimer, aussi bien dans les sphères gouvernementales que dans l’opinion dans son ensemble. Nous savons que l’inquiétude est générale et que les indifférents ne peuvent rester insensibles aux efforts conjugués de la harangue, de la presse et de l’écran. Aussi, notre intention est moins de jeter l’alarme, mais plutôt d’examiner l’efficacité des mesures et des solutions envisagées, et si chacun entrevoit ce danger et ses conséquences sous le même  –  et surtout – sous son véritable aspect. Tel est, à notre avis, le point capital. Or, s’il y a unanimité quant à la réalité des faits, il y a malheureusement, une grande divergence de vue à la fois dans les sentiments et dans les moyens pratiques.  En effet, tout en tenant compte, en attachant une haute importance aux déclarations, disons fermes et catégoriques, des hommes au pouvoir ou chefs de partis, force nous est de relever, tout d’abord, la façon dont certains présentent la question coloniale. La regardant du strict point de vue métropolitain et sous l’angle du plus pur égoïsme, ils s’opposent, contre une cession ou rétrocession de territoire, uniquement parce que cela constituerait un préjudice à leurs intérêts, et une menace éventuelle pour le reste de « leurs colonies ». Partant de cette pitoyable mentalité, se gargarisant d’adjectifs possessifs au moment même où leur propre liberté est mise en cause, ils vont jusqu ‘à s’inquiéter des ravages possibles de la propagande italienne ou allemande, donc à suspecter la « fidélité » de leurs « sujets ».

    Disons, sans tarder que le problème est ainsi posé à l’envers, et rien ne saurait nous affliger et nous indigner autant que ceux qui supputent de cette manière leur chance de salut. L’injure qu’ils nous font est égale et aussi grave que celle des Etats qui forment le projet de nous conquérir. Nous déclarons donc que les Africains sont les premiers intéressés sur ce chapitre et que, par conséquent, ils sont non seulement acquis à la défense de leur pays, mais qu’au contraire, étant conscients d’être des hommes et non du bétail, ils dénient aux uns et aux autres, aussi bien le droit de céder que celui de les marchander, ou celui de les convoiter. Quant à la propagande étrangère qui serait faite ou à faire, la responsabilité en incombe entièrement au colonialisme. C’est lui qui a semé le vent ; à la France, au peuple français de voir s’il doit réparer le mal pour éviter de récolter la tempête.

    Puisse-t-il s’inquiéter autant que nous et avoir la même conception du danger que la nôtre. Puisse-t-il épauler notre action pour rendre cette défense efficace dans notre intérêt commun ! Il ne peut méconnaître les sentiments d’humanité, ni ceux de fraternité et de solidarité, ni ceux de protection qui lui font un devoir, vis-à-vis des peuples, sous la tutelle de la France.  Pour ce faire,  nous estimons qu’il convient de donner aux Africains,  le sentiment qu’ils ont quelque chose à défendre, et leur en assurer les moyens pratiques.

    Habitués à la franchise et,  les circonstances graves nous en faisant même une obligation, nous rappelons ici certaines fautes à l’origine de notre malheur, et dont la France, à son tour, risque de faire les frais. Il s’agit de la légèreté avec  laquelle le colonialisme a, non seulement accueilli, mais attiré, sollicité les étrangers, à venir aux colonies, comme des facilités inconcevables accordées pour leur installation, et dont la complaisance aveugle n’a d’égal que l’ardeur apportée  à l’élimination systématique de « l’indigène » de toute la vie économique, sociale et politique de notre pays. De ces fautes initiales, il en est résulté que l’élément étranger a pris goût à la beauté et aux richesses du pays et,  – ce qui ne gâte rien – à l’autorité qui lui est accordée sur les habitants.

    Comment s’étonner, dès lors, que,  se croyant suffisamment enraciné sur notre sol, il se paie maintenant d’audace et entend y demeurer en maître ? Comment s’étonner que l’étranger jette maintenant son masque, et montre les dents puisqu’il croit avoir suffisamment ruiné et isolé la France ? Puisque l’autochtone n’a pas le droit de cité chez lui, tenu à l’écart dans sa misère et son ignorance, dans une atmosphère de méfiance stupide, voué à la haine et au mépris que rien ne justifie ?  La France daigne maintenant se souvenir de nous pour nous associer à ses alarmes et au danger qui la menace elle-même. Avons-nous pourtant assez crié à l’intrus et contre la mauvaise, contre la funeste administration des colons ? N’est-ce pas cela qui nous a valu d’être traînés devant les tribunaux et condamnés comme des malfaiteurs ? …»

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    Extraits de “l’Heure de l’Elite”

    Posted by amar-imache on février 28th, 2011

    Amar Imache a écrit au fond de sa cellule, après les évènements du 08 mai 1945 (brochure publiée en 1946) :

    • “… OÙ SONT NOS INTELLECTUELS ? OÙ EST NOTRE ELITE ? Pourquoi l’intellectuel reste-t-il à l’écart ? Pourquoi demeure-t-il indifférent au sort du peuple et du pays ? Car, de tous les pays du monde, ce sont les lettrés, ce sont les hommes érudits qui défendent les droits, les intérêts et la vitalité de leur peuple. L’Algérie a fait exception à la règle. Les quelques personnages qui viennent de faire apparition à l’occasion des élections, ne sauraient nous satisfaire, ni nous consoler et encore moins nous rassurer. Nos “députés”, puisqu’il faut les appeler par leur nom, ne sauraient passer pour l’élite algérienne. Ce n’est pas que je veuille discuter leurs capacités intellectuelles, quant à leur valeur combative, nous ne les avons pas encore vus à l’oeuvre. Les uns se sont mis bravement sous la protection de différents pavillons, d’autres sont allés épancher leur coeur dans certaines colonnes qui ont daigné donner asile à leurs pleurnicheries. Les derniers n’ont brillé jusqu’ici que par leur silence. Pourtant Dieu sait s’ils ont quelque chose à dire. Un peuple meurtri, affamé, écrasé sous le joug d’une abjecte tyrannie depuis cent-quinze ans et, comme couronnement, l’agression injustifiable du 8 mai. Le bombardement et la dévastation de plusieurs dizaines de douars, l’assassinat et l’emprisonnement de milliers d’innocents ; puis l’accusation supplémentaire d’une “révolte voulue et préparée”, tous ces détails ne troublent certainement pas le sommeil de tout le monde. Mais nous serions malvenus de leur adresser de pareils reproches, car ces messieurs sont venus à la Chambre française en leur propre nom ou sous de vagues étiquettes et sans programmes définis. D’ailleurs, nous n’en sommes pas à ces griefs pour le moment, car il y en aurait trop. Le plus grave reproche qu’on pourrait leur adresser, c’est celui d’avoir accepté ce que le peuple a refusé. Le peuple s’est abstenu et il avait plusieurs raisons à cela. Ils se sont désolidarisés d’avec le peuple, donc ils ne représentent pas le peuple….Le peuple, en s’abstenant, a montré ce qu’il veut et où il veut aller. Il se refuse à se laisser désorienter et à suivre les mauvais bergers. C’est pourquoi une fois de plus, le peuple algérien ose poser la question : “Si nous avons une élite intellectuelle, où est-elle ? Qu’attend-t-elle pour entrer dans l’action ? Vous ne pouviez pas ou vous ne vouliez pas vous mettre dans les rangs, d’autres s’y sont placés pour vous. Vous ne pouviez pas, vous ne vouliez pas vous compromettre, vous ne vouliez pas affirmer vos aspirations, votre idéal, d’autres sont venus les déclarer en votre nom. Car n’oubliez pas que c’est l’élite seule qu’on prétend avoir assimilée, que c’est en cette unique “qualité” qu’il y a pour la première fois, en l’an de grâce 1945, quelques “zélus” Algériens au Palais-Bourbon, que ce sont vos titres et vos diplômes qui vous ont valu ce bonheur et que si on englobe l’ensemble du peuple, c’est une usurpation pure et simple d’autant plus que vous avez la preuve devant les yeux par le pourcentage des abstentionnistes. Il convient donc de souligner que le bilan est tout à l’honneur du peuple ouvrier. Celui des intellectuels est désastreux….L’intellectuel ne saurait faire valoir les mêmes excuses que nous avions reconnues à l’ouvrier. Il ne saurait faire valoir l’ignorance, la méconnaissance des événements et leur gravité. Une immense tâche attend l’intellectuel plus que l’ouvrier. Notre pays déjà en retard au point de vue progrès, est plongé dans une détresse que la guerre et ses suites aggrave chaque jour. Vous devez vous pencher, vous intéresser sérieusement à la situation et examiner l’existence du peuple sous tous ses aspects. Il faut tenter l’impossible pour rendre à la vie un peuple qui se meurt. La misère, le manque de nourriture et de vêtements ont transformé les êtres en squelettes. Les rares nouvelles parvenues du pays nous apprennent que le typhus fait d’effroyables ravages dans la malheureuse population. Nos jeunes docteurs ont là une noble et urgente mission à remplir. Mais en les guérissant, il faut leur créer les moyens de gagner leur vie. Or le pays est sans industrie et le commerce est paralysé. Ce n’est certes pas d’aujourd’hui que cet état de choses nous apparaît dans ce qu’il représente d’effrayant et d’épouvantable que les habitants d’un pays qui produit tant de richesses, soient obligés de s’expatrier, de s’exiler volontairement en d’autres cieux pour travailler loin des leurs. Cette carence, cette coupable négligence nous est apparue d’avant guerre dans tout ce qu’elle avait de menaçant, non seulement pour notre vie, mais pour notre liberté. A ce moment-là, les bons patriotes français ne suspectaient qu’une chose : le sentiment des musulmans en cas de guerre. Ils redoutaient la défection des Nord-Africains qui préféreraient Hitler et Mussolini…. Depuis plusieurs années, nous sommes nombreux, trop nombreux à pouvoir compter sur les doigts les mois que nous avons passés en liberté. Mais qu’on  n’aille pas croire que c’est l’amertume qui me rend sévère. Au contraire, j’ai essayé d’être aussi indulgent que possible, car en d’autres temps et à l’égard de personnages par trop coupables, ma plume était plus acerbe. Aussi, est-ce avec l’espoir que chacun s’examinera, que chacun étudiera ses sentiments et fera sincèrement le bilan de ses actes que je vais terminer. Puissiez-vous, ô musulmans, ne pas vous laisser griser par un  mirage, ne pas vous laisser distraire par une fausse ambiance, ni détourner par les flots d’éloquence où tout est factice. Puissiez-vous ne jamais oublier qui vous êtes, d’où vous êtes ! Puissiez-vous toujours écouter et entendre la voix, l’appel de ceux qui souffrent et lui répondre, en amplifier l’écho jusqu’aux confins de l’univers. Il faut qu’on sache, que tous les hommes justes sachent que jusqu’ici le droit et la liberté sont toujours le monopole d’une caste. Que des êtres humains attendent, attendent encore, attendent toujours le bienheureux avènement : le règne du droit et de la justice pour tous, et qu’aujourd’hui encore des bras se tendent et des cris appellent : LIBERTE ! LIBERTE ! LIBERTE !  Puissiez-vous les uns et les autres en mesurer la valeur et la portée ! Puissiez-vous contribuer à toujours l’étendre et la fortifier ! Puissiez-vous ne plus jamais vous diviser ! C’est le souhait que je forme en cette heure décisive. Que chacun rejoigne sa place et marchons la main dans la main pour le salut de notre malheureux pays.”

    Extraits de « CYCLONES SUR LE MONDE »

    Posted by amar-imache on avril 21st, 2012

    Amar Imache a écrit après les deux guerres mondiales :

    « … Comme on le voit,  un an après la fin de la 2ème dernière,  les idées,  les passions, les intérêts, les ambitions s’affrontent à nouveau, s’opposent et s’enchevêtrent tellement que les plus indolents sont repris par l’inquiétude. Chacun se demande une fois de plus qui va l’emporter, de la folie ou de la sagesse, de l’iniquité ou de la justice. Car l’épée de Damoclès est toujours suspendue sur la tête de chacun. La plus monstrueuse invention est l’objet de soins particuliers. Le génie des hommes a atteint la limite de la méchanceté humaine. La paix et la justice sont désormais indivisibles sur cette planète. Le bonheur ne saurait être monopolisé, et le malheur atteint fatalement tous les êtres humains. Ainsi, à ce tournant décisif de l’Histoire, ce sera le règne de la liberté et de la fraternité universelles qui va s’ouvrir, ou bien c’est le 3ème cyclone que le monde ait jamais connu qui nous mettra tous d’accord.

    On parle déjà d’une expérience atomique sur l’atoll de Bikini. Il faut croire que celles effectuées sur le Japon, pour concluantes qu’elles soient n’ont pas suffisamment édifié le monde. On veut encore en tenter une autre beaucoup plus puissante avec tous les moyens scientifiques, pour en connaître les résultats. On pousse même la complaisance ou la bonté de filmer ce désastre et d’en capter le bruit pour le propager à toute la terre. Le but de cet ultime avertissement est certes, lui aussi, diversement interprété – je suppose qu’il le sera encore—mais pour une fois, on peut y trouver une part de sagesse. Dans un monde que la folie agite, il est bon que les hommes sachent qu’ils jouent leur dernière carte. Il est possible aussi que la Providence et le Destin convient les êtres humains à réfléchir, à mesurer leurs décisions pour la suprême et dernière fois. Peut-être la Providence veut nous montrer le bord du gouffre où le monde peut être englouti, et le Destin, la suprême vision de notre anéantissement. Ainsi, les nations, comme les individus sont solidaires. Tous et toutes s’accrochent aux décisions des grands de ce monde. Mais comme ils ne peuvent oublier la routine et que les anciennes méthodes reprennent, nous demandons à ce que les humbles aient voix au chapitre.

    Il est reconnu, il est archi prouvé qu’il n’y a pas de dominations philanthropiques, qu’il n’y a que des dominations pour la rapine par la tyrannie et l’oppression. Or, on parle maintenant de tutelle en faveur des pays mineurs. Encore faut-il savoir comment et par qui cette tutelle peut et doit s’exercer. S’il est admis, s’il est reconnu que les hommes sont nés libres et égaux en droit, chacun doit pouvoir user de ce droit et de cette liberté. D’autre part, il y a des tribunaux qui prononcent la déchéance des mauvais tuteurs, des marâtres ou des parents tortionnaires.

    L’Algérie est un pays de huit millions et demi d’habitants, dont le martyre n’a que trop duré. C’est au parlement de l’Univers que nous voulons faire entendre notre plainte et notre souffrance, puisque depuis 116 ans, on reste sourd à nos appels, aveugle à notre misère et qu’aujourd’hui encore, on semble ignorer ce qui s’y passe.

    C’est au tribunal du monde, que nous voulons nous adresser pour obtenir justice. 

    C’est à la conscience humaine universelle, que nous en appelons pour obtenir notre droit à la vie et pour la sauvegarde de notre dignité et de notre liberté.

    Nous voulons enfin, avoir accès une fois dans notre vie à la Tribune des hommes libres . »

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    La lettre d’adieu

    Posted by amar-imache on février 28th, 2011

    Ce fut le dernier document écrit par Amar Imache à Paris en 1947 au moment de quitter la France.

    LETTRE D’ADIEU AUX ALGERIENS RESIDANT EN FRANCE

    Paris, février 1947

    Mes chers compatriotes,

    Quand vous lirez ces lignes, je serai déjà loin de vous. J’aurai déjà quitté ce pays, ce pays où nous avons lutté, peiné et souffert ensemble. Je vais, si Dieu me le permet, rejoindre enfin mon pays, le nôtre. Ce beau pays dont le sol est pourtant riche et généreux, mais d’où l’égoïsme et la tyrannie des hommes nous oblige à l’exil volontaire. Avant de nous séparer, je pense qu’il est nécessaire de vous dire quelques mots. Je croyais qu’il était facile de griffonner quelque chose sur ce papier, et je l’ai promis.

    Mais au moment de le faire, je m’aperçois que la tâche est rude. En jetant un regard en arrière, c’est tout le passé qui surgit. Un passé de lutte ardente et d’espoir tenace. Ce sont des visages, les nôtres, ceux de tous nos frères que la tourmente et les nécessités de la vie ont dispersés. Il y a eu ceux qui ont eu la chance de rentrer dans leur famille et ceux que la terre de France a emprisonnés pour toujours. Il y a la situation présente, tous ces événements qui font espérer les uns et déçoivent les autres. Il y a aussi l’avenir, surtout cet avenir, qui pose pour chacun un point d’interrogation.

    Qu’allons-nous faire ? Que faut-il craindre ? Que faut-il espérer ? Le passé nous a exaucés, le présent nous a déçus, l’avenir nous laisse perplexes, intrigués ou indécis. Et maintenant que dois-je vous dire de plus que je ne vous ai déjà dit. Il me faudrait pour être clair, tenir ici deux langages, l’un pour mes amis fidèles, ceux qui m’ont toujours compris et suivi, à tous ceux qui m’ont fait confiance et me l’ont prouvé en toutes circonstances, à ceux qui m’ont aidé, soutenu et consolé contre l’adversité, l’ingratitude, la méchanceté bestiale et la félonie. Mais ceux-là n’ont plus rien à connaître, ni à apprendre de moi. Ils connaissent toutes mes pensées et tous mes sentiments, mes défauts. Ma vie n’a rien de caché pour eux, car je l’ai passée parmi les plus humbles d’entre eux. Ce qui me reste à leur dire, c’est toute ma reconnaissance et mon admiration.

    C’est grâce à ces éléments éclairés et sains que je n’ai pas désespéré du peuple algérien. Ce sont eux qui m’ont donné la raison de continuer, de persévérer et d’entrevoir un avenir meilleur. Mais pour mes autres malheureux frères, il faut aussi que je dise quelque chose, car nous sommes solidaires.

    Qu’ils le veuillent ou non, notre chemin est le même. Comme me l’a dit Ferhat Abbas: « les plus avancés doivent attendre les retardataires ». Certes, je sais que beaucoup d’entre eux commencent à voir clair et font amende honorable, mais il y en a encore qui s’obstinent à se boucher les oreilles et à fermer les yeux. Ils se refusent à entendre l’accent de la vérité et à voir la lumière. Ô peuple vaillant et malheureux, seras-tu donc éternellement victime de la naïveté et de la crédulité ? Tu te trouves égaré, alors que ta route est largement tracée ? Tu ne t’aperçois donc pas qu’on t’a fait faire demi-tour ? On t’a tiré du fétichisme, du fanatisme, et tu verses dans un autre plus dangereux. On t’a réveillé de l’idolâtrie, on t’a conseillé de tout voir, tout comprendre, tout contrôler et tu tombes à genoux en extase devant de nouvelles idoles ! Tu oses prêter une vertu divine, même aux poils de barbe ? Tu te demandes maintenant pourquoi tout est saccagé, démoli, détruit, sans t’apercevoir que c’est toi qui as fourni le matériel aux démolisseurs, et monter la garde pour empêcher qu’on les dérange ?

    Tu te demandes pourquoi nous sommes désunis ; c’est pourtant chez toi qu’on raconte la légende de la bête noire, oui, le bœuf noir qui déparait ses frères.

    Avoue, pauvre peuple que la douche glacée que tu viens de recevoir aux élections, t’a quelque peu suffoqué. Le soufflet est magistral. Cela t’étonne ?

    Eh bien, nous, nous l’avions déjà prévu. C’est la récompense de ton aveuglement en attendant mieux. Car tout se tient et tout s’enchaine. Ceux qui détruisent l’union dans un parti, détruiront l’unité dans une nation.

    Tu sais maintenant qu’il y a sept « administratifs » qui ont récolté le fruit de ta peine, tu te trompes, ils ne sont pas seuls. Il y en a d’autres dans ton sein, que tu réchauffes de ta chaude amitié et de ta ferveur en attendant qu’ils sifflent et qu’ils mordent. Libre à toi d’être encore sceptique, continue l’expression si cela t’amuse. Nous avons du temps à perdre. Tu as assisté plein d’admiration à la destruction de ton organisation pendant dix ans. La pauvre barque aux planches vermoulues qu’a remplacée l’Etoile s’est effritée, petit à petit, et ses cendres éparpillées aux quatre vents. Le Messie que tu attendais a maintenant apprécié ce beau travail. Il a désormais parti lié avec les meilleurs démolisseurs. Pour te consoler, on t’a fait assister à la cérémonie du couronnement à Wagram. On a posé une barre en carton sur la tête du monarque. Il ne manque plus qu’un royaume, car il est devenu roi, le pauvre homme ! Ainsi, Algériens, quelques-uns ont cru exagéré la lettre ouverte. C’était pourtant notre suprême appel à la raison et au bon sens. C’était l’appel angoissant des hommes méconnus et injustement traités. C’était un cri de justice contre les fourbes, c’était une suprême mise en garde contre l’erreur funeste, et contre la trahison. Mais nos appels sont restés vains, et nos cris sans échos ! Vous seuls maintenant me faites pitié. C’est vous que je conjure pour revenir à vous. Laissez les jongleurs de fêtes foraines, qui vous présentent des mirages trompeurs. Revenez à la saine réalité.

    Vous êtes pourtant de bons musulmans. Vous savez que l’Islam réprouve l’injustice, le mensonge, la félonie. Pourquoi avez-vous supporté cela puisqu’on ne peut rien construire avec le faux ?

    La vérité seule est constructive. Ne laissez pas dénigrer ce qui est bien, et déformer les faits. Car s’il est une chose qu’un peuple ne doit pas laisser déformer, ternir ou voler, c’est son Histoire.

    S’il est une chose qu’un peuple doive défendre, c’est son idéal, et la route qu’il doit suivre pour y parvenir. Voila mes frères ce que je vous demande de méditer. C’est ma suprême prière. Nous n’avons rien qui doive nous diviser, admirons l’exemple qui a été donné d’Alger, où un parti pourtant vainqueur et sûr de vaincre, s’efface au nom de l’unité. Nous perdons cinq ans, mais notre union vaut bien cinq ans de retard. Au revoir, mes amis, mes frères. Aimez-vous bien comme les enfants d’une même famille. Merci à vous tous, dont l’amitié m’a été précieuse, et que la providence daigne vous ramener tous sains et saufs dans notre Algérie.

     Imache Amar

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